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| le poisson et le pain |
Après la disparition d’une personne aimée, la
déception et la désolation qui s’accompagnent souvent. On se trouve dans une
situation d’impuissance. La vérité de notre existence, quelque soit l’affection
et l’amour que nous avons envers lui, c’est que nous n’avons jamais la maitrise
de son destin ; quelque soit même le pouvoir que nous avons sur elle, nous
n’aurons aucune prise sur elle. L’autre reste et restera l’autre. Justement la
réalité de la mort qui nous l’affirme. Une fois que l’on est mort, on
appartient à l’au-delà.
Jésus est disparu par sa mort. La rumeur qui se
circulait tantôt dit qu’il serait vivant et ressuscité et tantôt dit que son
dépouille aurait été volée. Cette rumeur, cependant, n’intéressait pas les
apôtres. Peut-être parce qu’ils ne comprenaient pas exactement ce qui lui était
arrivé. Le sentiment qui les animait à ce moment là est la déception totale. La
prise de parole de Pierre qui nous le révèle « Je m’en vais à la
pêche ». Les autres disciples tels Thomas, Nathanaël, les fils de Zébédée,
et deux autres disciples confirment le même sentiment « Nous allons avec
toi ». Quand on est déçu, on sent comme si on descendait d’une hauteur et
se trouvait dans une fosse la plus basse. Voilà ce qui s’explique dans l’expérience
des apôtres. Ils voulaient tout se dépasser de leur histoire déçue avec Jésus
et reprendre leurs vieilles habitudes. Le résultat est bien clair. Ils passèrent
la nuit sans rien prendre. (Jn 21,1-19).
Et pourtant, nous dit l’évangile, Jésus était là
sur le rivage. Les disciples, malheureusement, ne le reconnaissaient pas. Jésus
les appelle : « Les enfants, auriez-vous un peu de
poisson ? ». C’est une question qui devrait leur déclencher une
certaine mémoire de leur passé avec Jésus. La progression du récit nous aide à
en saisir le lien avec le récit de la multiplication du pain lorsque Jésus
demandait à Philippe, «D’où nous procurerons-nous des pains pour que mangent
ces gens ? » (Jn 6,1-15). La réponse des disciples dans l’épisode de
la multiplication du pain là est aussi négative que leur réponse dans ce
récit : « Non ». Ils n’ont pas de poisson tel qu’ils
n’avaient pas de pain pour nourrir tant du monde qui suivaient Jésus. De même
que Jésus leur avaient demandé de chercher le pain, de même ils leur demandent
de chercher le poisson, de jeter le filet une fois de plus. Seul le disciple
que Jésus aimait qui a saisi un rappel à partir de ce qu’il est en train de
voir. Tant de poisson lui rappel le même Jésus qui avait multiplié le pain.
C’est à la suite de l’ordre de Jésus qu’il a pu le
reconnaître : « c’est le Seigneur ». Il est cependant
curieux de remarquer que le disciple que Jésus aimait ne prononçait pas le nom
« Jésus », mais plutôt « Seigneur ». Cela pourrait
signifier sa foi en la résurrection de Jésus, qui est devenu Seigneur.
Simon Pierre nous présente une réaction
intéressante. Ayant entendu que c’était le Seigneur, il a fait le même geste
que celui qu’il avait fait lorsqu’il suivait Jésus pour la première fois. Il a
abandonné sa barque et s’est jeté à l’eau pour aller à la rencontre du même
Jésus qu’il venait de trahir. Se jeter à l’eau est une attitude d’humilité et
de reconnaissance de sa faiblesse et de son péché. N’oubliez pas que l’eau de
la mer dans le langage biblique représente le mal ou le péché. Ce n’est
qu’après cette confession de Pierre que viennent les autres disciples avec le
filet plein de poisson. Ils ramènent avec eux aussi les hommes et les femmes
sauvés du mal. Tous les chrétiens se rangent derrière Pierre et les apôtres
comme à la fois les pécheurs pardonnés et les enfants de Dieu.
Entre les disciples et Jésus ressuscité
s’entrepose « un feu du poisson posé dessus, et du pain. C’est
l’eucharistie qui actualise la rencontre entre nous et le ressuscité. Les
disciples, ayant débarqué de la barque, ont déjà trouvé Jésus avec du poisson
et du pain. Ils croyaient, peut-être qu’avec leurs poissons que Jésus allait
leur préparer à manger. Jésus, pourtant, leur donne le pain et le poisson à
manger. L’eucharistie est tout d’abord le don de soi de Jésus. Il actualise et
rend présent le sacrifice du Christ, mort sur la croix pour nous sauver. Ce qui
vient après, c’est notre vie qui doit être une offrande d’amour. A cela
intervient l’offrande des disciples : les poissons qu’ils viennent de
pêcher. Jésus demande aux disciples de lui porter les poissons pour en faire
son corps. Si nous prêtons bien attentions au début de la prière eucharistique,
nous comprendrons bien ce que cela signifie. Le prêtre, agissant à la personne
du Christ, dit « Sanctifie ces offrandes qu’elles deviennent pour nous le
corps et le sang du Christ notre Seigneur ». Il est bien clair donc que le
corps ressuscité du Christ n’est que visible dans l’eucharistie. Pour le
reconnaître et le contempler, il nous faut l’écoute de sa parole. C’est pour
cela que l’eucharistie est précédée par la liturgie de la parole.
Enfin, en tant que sommet et centre de la vie
chrétienne, l’eucharistie rassemble tous les chrétiens avec leurs peines, leur
joie, leurs souffrances et leurs luttes quotidiennes pour pouvoir constituer
avec lui un nouveau pain pour le monde. L’eucharistie nous rend un alter
christi, un autre Christ pour le monde. Comme par sa mort le Christ nous
échappe, sa résurrection nous échappe. Mais, ce dernier est toute une autre
chose. Jésus ne reste pas seulement autre, mais il devient aussi nôtre. Donc sa
résurrection nous transforme en être nouveau. Et la nouveauté de notre existence
doit s’exprimer dans nos luttes contre le mal pour pouvoir faire régner l’amour
de Dieu dans notre monde. (Yaoundé, 14-4-2013) Tardelly,s.x.
Libellés : alter christi
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| retire tes sandales |
La souffrance est un vieux problème de l’humanité
dont chaque homme à travers l’histoire porte le différent regard et cherche la
solution, ou bien encore donne le sens. Elle est une réalité qui affecte notre
existence. Crées que nous sommes, nous sommes déterminés par nos limites
(physiques, intellectuelles, psychiques). Notre existence est enveloppée par le
temps et l’espace, elle est condamnée à une facticité.
La première lecture du livre d’Exode nous rapporte
la réalité de la souffrance que connut le peuple Israël. Moise, un israélite,
immigré à Madian à la suite du meurtre du soldat égyptien dont il était
l’auteur, connaissait très bien ce que vécut Israël, son peuple en Egypte. Et
il en avait son propre regard. La souffrance lui paraît inexplicable. Elle n’est qu’à fuir. La scène du buisson
ardent nous en témoigne (Ex.3,1-15). Moise rencontre l’Ange qui apparaît au
milieu d’un feu qui sorte d’un buisson et ce buisson brûle sans se consommer.
C’est une chose étonnante. Normalement, un buisson qui brûle devrait se
consommer. Mais, ce n’est pas le cas de ce qu’il a vu. Cela serait équivalent
de ce que Moise pense de la souffrance. De même le buisson qui brûle doit se
consommer, de même la souffrance devrait consommer l’homme ou le mettre en
péril. Il n’en y a plus d’espoir. Le geste de Moise, de s’approcher
curieusement pour examiner le fait du buisson mystérieux, révèle d’autre part
sa quête du sens. Le sens de la souffrance, existe-il ?
La réponse de Dieu est surprenante. « Retire
tes sandales, car le lieu que foulent tes pieds est une terre sainte». Elle est
tout d’abord de l’ordre d’interdiction. L’homme, comme Moise, n’est pas
vraiment à la mesure de maîtriser la réalité de la souffrance. L’homme n’est
pas Dieu, et il ne peut pas prendre la place de Dieu pour donner le sens et la
solution à la souffrance. L’homme, tel que nous montre la suite du geste de
Moise, ne peut qu’en fuir. Moise se voile le visage. Nous tous, nous n’aimons
pas souffrir, ni souffrir avec les autres. La souffrance de son peuple, pour
Moise est quelque chose à oublier, à ne plus regarder.
La suite de cette réponse montre l’attitude
contraire. « J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en
Egypte, et j’ai entendu ses cris sous les coups des chefs de corvée. Oui, je
connais ses souffrances. Je suis descende pour le délivrer de la main des
Egyptiens et le faire monter de cette terre vers une terre spacieuse et
fertile ». Face à la souffrance de son peuple, Dieu décide d’intervenir.
Dieu n’est pas un Dieu spectateur devant la souffrance de l’homme. La demande de retirer les sandales est
finalement une invitation à abandonner notre faux regard de la souffrance, même
tous nos faux regards du monde. Chacun de nous est invité à enlever nos
sandales pour pouvoir découvrir l’univers de Dieu, pour pouvoir sentir sa
présence. Là où nous sommes, tant que nos pieds foulent encore la terre, Dieu
est avec nous, malgré nos souffrances.
La
première lecture nous fait entrer donc dans la pleine identité de Dieu. Dieu se
présente à Moise comme « Je suis ». Le « je suis » de Dieu
n’est pas une simple existence. La manière de Dieu d’exister ou d’être n’est
d’autre que de voir, entendre, descendre et libérer. Cela interroge, à
mon humble avis, toute la philosophie du sujet qui magnifie la primauté du
sujet et qui relative l’autrui. Quand Dieu se présente comme « Je
suis », il nous implique, il nous fait participer dans son être pour nous
porter le salut.
Saint Paul dans sa lettre aux Corinthiens nous
fait comprendre que dans cet acte de
révélation de Dieu, s’est fait connaître déjà le Christ (1Co 10,1-12). Cette
lecture est possible du fait que l’acte de descendre pour libérer est
propre au Messie. Jésus Christ s’est présenté déjà de manière implicite dans
l’histoire d’Israël. Cette histoire est marquée par le péché et l’infidélité
d’Israël. Cette histoire d’infidélité devrait nous servir d’exemple pour notre
conversion.
« Retire les sandales » est un appel à
conversion. Dans l’évangile, Jésus nous explique que la conversion est une
nécessité qui concerne tout le monde sans exception. Dans l’évangile, il nous
est raconté le sort des Galiléens assassinés par Pilate lorsqu’ils étaient en
train de faire leur culte. Les gens lui racontent cette tragédie juste pour lui
expliquer qu’il a fallu à ces Galiléens là de subir un tel événement parce
qu’ils ont plus péché qu’eux. La nécessité de conversion ne relève pas
seulement de sa dimension négative, s’agissant d’une réalité pécheresse de
l’homme ou de la réalité de la souffrance – il n’est pas même question de
l’état de péché ou de pureté- mais aussi de sa dimension positive, celle de
s’identifier à Dieu. La conversion n’est pas seulement un mouvement négatif (du
péché), mais un mouvement positif et progressif vers une véritable relation
avec Dieu. Se retirer les sandales est un mouvement de s’identifier à Dieu dans
sa façon de vivre.
Ce mouvement positif de la conversion est expliqué
davantage dans la parabole du figuier et du vigneron (Luc 13,1-9). Le
propriétaire de la vigne veut couper le figuier tout simplement parce qu’il n’y
trouve pas les fruits : « Voilà trois ans que je viens chercher
du fruit sur ce figuier, et je n’en trouve pas. Coupe-le. A qui bon le laisser
épuiser le sol ? ». La conversion vise le fruit qui n’est d’autre que
la pleine croissance et le total développement de l’homme. D’ailleurs, Dieu est
toujours patient pour nous attendre de nous convertir vers lui.
Vivre la conversion dans toutes ses dimensions
nous permet de faire face à notre souffrance et celle d’autrui. Elle nous
appelle à la responsabilité devant Dieu et devant l’homme, par chacun de nous
participe de manière consciente ou inconsciente à sa propre souffrance et celle
d’autrui. Elle nous pousse enfin à être libérateurs comme Dieu. Le jeûne, la
prière et l’aumône doivent se vivre dans cette perspective de conversion, comme
un acte de responsabilité et de la libération. Tardelly,s.x.
Libellés : conversion
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La première lecture et l’Évangile partagent le
même décor dans leur mise en récit. Ce décor est la prière. Abraham a reçu les
promesses de Dieu dans une vision, c'est-à-dire un climat de prière qui est un face
à face avec Dieu, une rencontre. Ce climat laisse Abraham voir la présence
de Dieu qui traverse le temps. La promesse de descendance emporte Abraham à
l’avenir qui lui échappe : « Regarde le ciel, et compte les
étoiles, si tu le peux…Vois quelle descendance que tu auras ! » (Gn
15,5-8). Elle lui rappelle le passé où Dieu l’a fait sortir d’Our en Chaldée et
où la promesse de la terre lui avait été révélée. Ce qui lui fait lier ce passé
et cet avenir c’est la foi : « Abraham eut foi dans le
Seigneur et le Seigneur estima qu’il était juste ». Nous voyons que
d’une part, Dieu se révèle et révèle sa grâce, et d’autre part Abraham réponde
par sa foi. La grâce et la foi font contenu de la prière, de cette rencontre.
Dans le cadre de cette rencontre que se comprend
ce que l’on appelle l’Alliance entre Dieu et Abraham. Avant que cette alliance
ne soit destinée à l’ensemble d’une collectivité, c'est-à-dire le futur peuple Israël,
cette alliance s’est faite entre Dieu et une personne choisie. Tous les deux se
donnent et tous les deux ont besoin de garder ou de conserver ce lien. Il leur
a fallu que ce lien soit institué. Dieu et Abraham ont décidé de se faire
alliance dans la quelle chacun va marquer sa signature. Le sacrifice que donne
Abraham est la marque qu’il donne à cette alliance. De sa part, Dieu l’a
confirmée en donnant aussi sa signature, celle d’agréer le sacrifice
d’Abraham : « … Alors un brasier fumant et une torche enflammée
passèrent entre les quartiers des animaux ». A l’époque passée nos parents
se disaient, il faut se marier d’abord, l’amour va venir après. A notre époque,
nous nous disons que ce qui nous est important c’est d’abord l’amour, le
mariage peut venir après. L’Alliance entre Dieu et Abraham nous laisse entendre
que ces deux idées sont handicapées. Elles sont handicapées parce qu’elles
relativisent soit l’amour soit le mariage. L’alliance entre Dieu et Abraham met
en exergue l’amour d’une part et l’alliance d’autre part. Si on dit qu’il nous
suffit l’amour, on va accepter que lorsqu’on ne s’aime plus, on se séparera.
Pourtant, le véritable amour nécessite que notre amour soit institué.
L’Alliance donnera le cadre, la forme à l’amour pour qu’il grandisse et achève
sa plénitude : c’est porter le fruit en abondance.
Jésus, quant à lui, s’est transfiguré aussi dans
le même climat : « Il prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et
il alla sur la montagne pour prier »
(Lc 9,28-36). Le geste de Jésus rappelle déjà aux disciples
l’alliance entre Abraham et Dieu. Comme Abraham, dans sa prière, Jésus fait
participer toute l’histoire, toutes les expériences du passé, du présent et du
futur de son peuple. Jésus porte en lui non seulement l’espoir d’Israël à l’accomplissement
des promesses, mais aussi les déchirures, les blessures de ce peuple : dans l’expérience des
occupations des peuples étranger, dans son propre infidélité. Jésus porte en
lui en tant qu’homme son angoisse, peut-être son incertitude de l’avenir de sa
mission : vis-à-vis ses ennemies, vis-à-vis ses disciples qui ont du mal à
le bien comprendre. La figure de Moise et d’Elie, deux personnages importants
de l’Ancien Testament, manifestent la mémoire de Jésus au passé d’Israël et
aussi au passé de toute l’humanité. Ce passé est marqué par le péché et
l’infidélité à l’Alliance. Il est marqué aussi par l’espoir de la libération.
Ce passé est lié à l’histoire de Moise et d’Elie, éprouvés par l’infidélité et
la trahison d’Israël. Ce passé n’est pas déconnecté, cependant, de la victoire
de ces prophètes qui ont su garder avec fidélité l’Alliance avec Dieu malgré
leurs souffrances.
Nous voyons donc que Jésus, dans sa prière, côtoie
son père, en faisant intervenir aussi tous les saints, tous les prophètes. Sa
prière est nourrie de sa proximité avec l’Écriture. Il priait avec les prières
de gémissements et d’espoir de Moise et d’Elie. De leur expérience, qu’il a
trouvé espoir, consolation et force pour pouvoir accomplir sa mission malgré la
souffrance qui va s’annoncer.
La prière chrétienne est la prière de Jésus,
c'est-à-dire à la manière de Jésus. Elle
est toujours une mémoire de l’Alliance, tout d’abord entre chacun de nous avec
Dieu. Dans la scène de la transfiguration, nous contemplons la plénitude de
l’Alliance, qui n’est plus marquée par le sang des animaux, mais par son propre
sang livré bientôt à la prochaine pâque. En lui, cette alliance prend aussi son
sens singulier. En ce sens qu’elle est un rapport intérieur entre homme
individuellement et Dieu. Cette alliance met nous en garde du danger de mass
qui ne nous permet pas d’entrer dans l’intimité avec Dieu. Parce que tout le
monde se rende à l’Église pour recevoir les cendres, moi aussi je m’en y vais.
C’est l’exemple connu de nous tous d’une foi de mass au Cameroun. Notre
foi devient, par conséquent, une foi flottante.
La prière chrétienne n’est pas seulement
singulière, mais aussi particulière. Cette particularité se trouve dans le fait
que lorsqu’on prie, on demande ou invite Dieu à nous habiter. « Maître, il
est heureux que nous soyons ici : dressons trois tentes : une pour
toi, une pour Moise, et une pour Elie ». On croit souvent que passer
plusieurs heures de prière et multiplier la quantité de prières déterminent l’efficacité
de la prière. En fait, on se trompe. Une telle façon de prière, à mon avis,
n’est pas une véritable rencontre avec Dieu. Elle est plutôt une invasion.
Pourtant, comme dit Pierre, on doit se laisser habiter par la présence de
Dieu : « Il est heureux que nous soyons ici ». Autre chose
trouve un temps et une durée nécessaire pour la prière, autre chose passer des
heures et prononcer innombrables prières avec un cœur qui veut truquer Dieu.
La particularité de notre prière est mise au clair
par le rapport filial entre Jésus avec Dieu son Père. Dans la scène de la transfiguration,
nous contemplons le véritable rapport entre Dieu et Jésus son Fils dans
la voix de la nuée : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi,
écoutez-le ». Nous sommes tous enfant de Dieu en Jésus. Devant un tel
Dieu, on ne peut pas faire le truquage, ni envahit avec la quantité de nos
prières celui qui sait dont nous avons besoin. Nous sommes enfants de Dieu à la
manière de Jésus, c’est d’écouter Dieu en écoutant Jésus. Quand on prie, on
laisse Dieu tout d’abord parler en nous à travers son Fils. Jésus il a choisi
d’écouter et d’obéir à son père qu’écouter ses propres désirs. De cette écoute
là que Jésus a eu la force pour accomplir sa mission.
La singularité et la particularité de notre prière
chrétienne nous ouvre à l’universalité. Jésus, de manière explicite, nous
apprend d’appeler Dieu notre père. Le mot notre montre que, pour
reprendre le Pape Benoît XVI lorsque on prie, en réalité, on n’est jamais seul,
même si on peut se trouver seul en train de prière. Pourquoi on n’est jamais
seul ? Parce qu’en appelant Dieu notre Père, on fait
participer tout le reste du monde comme nos frères et nos sœurs dans le Christ,
y compris ceux qui ne partagent pas la même foi avec nous (les musulmans, les
bouddhistes, les hindoues, etc.…). Cette convocation condition déjà par la
suite notre volonté de pardonner ceux qui nous ont offensé, c'est-à-dire nos
ennemies.
Enfin, la scène de la transfiguration nous rappelle la singularité, la
particularité et l’universalité du salut en Jésus. Jésus a porté à la porte de
tout homme le visage resplendi de Dieu le Père. Notre prière et notre liturgie
chrétienne sont la prolongation de ce mystère de l’incarnation dans toute
l’histoire. Donc elle nous fait envisage l’avenir. Elle doit, par conséquent,
nous transfigurer et nous transformer d’un homme de peur en un homme de foi,
d’une personne triste en une personne joyeuse. Nous sommes tous des porteurs et
des porteuses du visage d’amour de Dieu au monde pour transformer notre
histoire. (Tardelly,s.x.)
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| la foi, l’œuvre, la raison |
Notre liturgie de ce
premier dimanche de carême est marquée par l’appel ou l’élection définitive de
nos catéchumènes en vu du baptême qu’ils recevront à la veille pascal. Le temps
de carême nous fait revivre les quarante années de l’itinéraire d’Israël à
travers le désert. C’est une aventure douloureuse qui nous rappelle la longue
marche des hommes en quête de l’avenir, c'est-à-dire le bonheur. Les lectures
de 5 dimanches nous mettent au cœur du mystère de ce temps : la rencontre
avec Dieu en Jésus notre avenir. Les premières lectures de tous ces dimanches
nous rappellent la montée de l’humanité vers cet avenir qui est la Pâques du
Christ, en commençant avec l’histoire d’alliance, celle des patriarches et
celle des prophètes. On sent que toute l’humanité languit à toucher par la main
cet avenir. Les lectures des évangiles se répartissent en deux séries. La
première série couvre deux premiers dimanche, mettant en scène les récits du
jeûne de Jésus et de la transfiguration. La deuxième série concerne normalement
ce que l’on appelle les évangiles des « scrutins » comme préparation
du baptême. Les catéchumènes sont invités à s’identifier à la Samaritaine (qui
a soif de l’eau vive), à l’aveugle née (qui attend l’illumination) et à Lazare
(qui attend la libération de la mort).
Entrons donc le message
clé de l’évangile de ce premier dimanche (Lc 4,1-13). Saint Luc nous dit
qu’après son baptême, Jésus, poussé par l’Esprit, jeûna pendant quarante jours
au désert, et il fut tenté par le démon. Le baptême de Jésus, ne le privait pas
des tentations. Son baptême, par contré, l’a mis à la porte des tentations,
mais non sans armés. Le baptême lui a permis d’y faire face. Nous avons écouté
qu’il y a trois tentations. La première, c’est « vivre aux bras
croisés », c'est-à-dire de pas travailler. Satan dit « Si tu es Fils de Dieu, ordonne à
cette pierre de devenir le pain ».
L’acte d’ordonner ou de commander est un acte qui n’engage pas le sujet
dans sa réalisation. Ordonner c’est parfois s’assoir aux bras croisés. La
deuxième tentation, c’est le pouvoir
ou la force à dominer ou avoir pris sur les autres. Pour ce faire, on cherche à
justifier tous les moyen possibles même s’ils ne sont pas bon, par exemple, la
corruption, la tricherie, le truquage, etc.. Le but ultime de cette quête du
pouvoir c’est qu’on soit l’objet d’adoration. « Tout le pouvoir du monde
te sera donne, si tu te prosternes devant moi ». C’est presque un culte de
célébrité. La troisième tentation c’est « vivre la foi sans raison ou avec une raison manipulatoire ».
Notre foi en Dieu ne s’oppose pas à la raison. Dieu nous donne la raison pour
pouvoir vivre et survivre. Vivre la foi sans raison c’est croire aveuglement.
Il ne suffit pas par exemple, de passer des heures de prier sans faire marcher
la raison avec la quelle on devrait bien travailler pour gagner le pain
quotidien.
Face à ces trois
tentations, les réponses de Jésus sont claires.
A la première tentation, Jésus s’oppose en mettant en valeur la vertu du travail. L’homme doit
travailler, mais pas pour travailler, ni seulement pour le pain ou ses besoins
physiques, mais aussi pour son bonheur. Or le bonheur nécessite aussi la
nourriture spirituelle, qui est celle de l’écoute de la Parole de Dieu. On ne
peut pas écouter la voix du Seigneur, si on ne sait pas se calmer ; on ne
peut pas non plus comprendre sa Parole si on ne lit jamais la Bible. Le temps de
carême nous invite à investir le temps nécessaire pour la prière et la
méditation de la parole de Dieu.
A la deuxième tentation,
Jésus s’oppose en donnant le vrai sens
du pouvoir qui est la responsabilité et le service. On est grand quand on
est disponible à servir sans condition et gratuitement. Le carême nous invite à
se mettre au service des ceux qui sont dans le besoin, les plus petit de nos
frères, les pauvres, les malades, les marginaux de notre milieu. A la troisième
tentation, Jésus s’oppose en faisant appel à une foi vécue avec la raison. On ne respect pas Dieu en vivant une
foi aveugle. Au contraire, on le respect mieux si on met en œuvre la raison
illuminée par la foi. Il ne suffit pas de faire la novene pour se dégager de la grippe, du mal au
ventre, ou du cancer. Il faut les soigner au dispensaire, il faut aller voir
les médecins. La prière nous aide à persévérer dans la douleur pour enfin
guérir.
On peut résumer les trois
oppositions de Jésus aux tentations du démon en trois mots clés : « la foi, l’ouvre et la raison ». La foi doit être nourrie par
la prière et par l’écoute de la parole de Dieu. Cette foi, à son tour va
nourrir l’œuvre, c'est-à-dire notre travail. Notre jeûne nous demande à
continuer à travailler comme une expression d’amour envers Dieu et envers nous
même. La même foi va illuminer la raison pour pouvoir discerner le bien et le
mal. Nous savons que le mal ou le démon peut se parer ou s’orner des couleurs du bien. La confession
est le moyen extraordinaire pour dévoiler le mal et les mensonges dans notre
vie. Ces trois mots clés sont donc les trois efforts qu’il faut mener dans
notre combat contre le mal, le combat qui a lieu surtout dans notre vie
intérieur, dans notre cœur. Prière, jeûne et la charité comme doivent être vécu
avec ces trois attitudes pour bien célébrer la Pâques.
Pour nous les chrétiens,
enfin, le véritable exorcisme c’est notre baptême. Pourquoi ? Parce que
Jésus a vaincu le mal en obéissant à Dieu jusqu’à la croix. L’évangile nous dit
que le démon s’éloigne, prend fuite jusqu’au moment fixé pour le tenter. On
verra dans l’épisode de Gethsémani où Jésus est en peu hésité d’accomplir sa
mission. Il sera tenté même jusqu’aux dernières minutes lorsque le soldat lui
demandera de descendre de la croix, ce qui lui est très possible. Mais, il a
choisi à aimer Dieu jusqu’au bout de feu. C’est la grâce que nous dévons demander :
la fidélité de croire en Jésus notre seul avenir dans notre combat contre le
mal de chaque jour. N’ayez pas peur du démon, parce que Dieu est avec nous
comme nous dit le psaume 90 « Puisqu’il s’attache à moi, je le délivre ;
je le défends, car il connaît mon nom. Il m’appelle, et moi, je lui réponds ;
je suis avec lui dans son épreuve ». Je vous souhaite une très bonne
aventure pour ce temps de carême. (Tardelly,sx)
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Le récit de l’appel
des quatre premiers disciples de Jésus marque le dernier dimanche avant le
début du temps du carême inauguré par le
mercredi de cendres. Pour nous les chrétiens, dans notre vocabulaire, s’insère ce
mot, « appel ». Qu’en est-il de particulier ? Tout d’abord, regardons
minutieusement l’histoire de cet appel
(Luc 5, 1-11).
Jésus est
revenu à nouveau en Galilée, après être rejeté à Nazareth, où il n’opérait
aucun miracle à cause de l’incrédulité de siens. Dans cette ville, il continue
son travail, il enseigne dans les synagogues, il guérisse les malades. Jésus s’est
rendu compte qu’il était impossible de travailler seul dans le vaste champ du
royaume de Dieu. Il a besoin de
collaborateurs, donc des disciples. Pendant qu’il enseigne la foule au bord du
lac Génésareth, il a vu deux barques et deux pécheurs qui venaient d’en
descendre. Comme d’habitude ces derniers lavaient leurs filets. Semble-t-il qu’ils
n’ont rien pris pendant la nuit. C’est pour cela ils ne faisaient que laver
leur filets. C’est vraiment la vie quotidienne d’un pécheur. Jésus est allé à leur rencontre. Son appel s’inscrit
dans la vie quotidienne. Jésus qui a pris l’initiative. Son appel veut faire contenu de cette vie
quotidienne, pour que celle-ci ne devienne pas un sans aucun sens, comme une barque
vide.
L’appel de
Jésus est ensuite marqué par quelques mouvements : Premier, sa montée dans
la barque de Simon, l’éloignement avec Simon, l’enseignement à partir de la
barque. Nous sentons comme s’il y avait
une sorte d’intimité. Jésus prend Simon
à l’écart, se distancie de la foule pour pouvoir les instruire. Cette mise à l’écart
n’est pas sans la barque. Arrêtons-nous à ces mots très symboliques chez Luc :
barque. Elle n’est d’autre que l’Eglise ou le nouveau peuple de Dieu. En privilégiant
Pierre, Jésus annonce déjà sa tâche
future. Pourquoi Pierre ? N’oublions pas que dans la bible, le choix d’une
personne ne signifie pas l’exclusion de tout le reste, mais par contré le choix
pour tout le monde.
Le dialogue de
Jésus avec Pierre précise la tâche. Jésus demande à Pierre d’avancer en eau
profonde, et de lâcher les filets pour la pêche. Pierre essaie de résister que,
lui et ses compagnons, ils ont peiné toute une nuit sans pêcher aucun poisson. Toutefois,
il a exécuté la demande de Jésus tout simplement par conviction de la parole de
Jésus sans se rendre compte du malentendu concernant le sens de cette demande. Le
résultat est étonnant : la multitude de poissons, jamais vue jusque là. Il
y a trois nouveaux mots qui s’y surgissent, à savoir l’eau, le filet et le
poisson. L’eau du lac ou de la mer, dans le langage biblique symbolise le
pouvoir du mal. Jésus dans son Eglise a vaincu le mal. L’Eglise en Jésus Christ
instruit l’humanité pour pouvoir la libérer du mal. Le poison en multitude c’est
l’ensemble des chrétiens baptisés qui ont cru à l’enseignement de Jésus se font baptisés.
La réponse de
Pierre dans ce même dialogue mérite d’avoir plus d’attentions : « Maitre,
nous avons peiné toute la nuit ». Elle est une résistance à double volet. La
première, je pense, est celle de notre
monde aujourd’hui, marqué par l’agnosticisme, fruit du progrès d’haut
vitesse. Beaucoup de gens ne croient
plus en Dieu ; les églises dans le vieux continent sont vides et ne sont
fréquentées que par les vieux. Le retour des religions à travers le phénomène
de New Age, dont parlent les sociologues, en réalité, n’est pas le progrès de la foi ou de la vie spirituelle,
mais plutôt la nouvelle idolâtrie qui consiste à institutionnaliser l’idée
personnelle de divinité. Si on parle du marché de religions, c’est parce qu’il
s’agit des dieux inventés par les hommes en vente dans l’étalage du monde
modern.
La deuxième résistance
est celle des chrétiens tant les pasteurs que les laïcs qui se sentent
découragés par la première résistance. Les chrétiens se résistent à Dieu qui ne
s’est jamais découragé par quoi que ce soit. On se plaigne de nos formations paroissiales
de moins à moins fréquentés par nos chrétiens ; on se plaigne de nos
autorités ecclésiales qui ne vivent pas leurs vocations prophétiques ; on
déplore la décroissance de nombre de vocations ; on lamente des abus
commis par nos autorités ecclésiales. Tout cela nous laisse pense que ça ne
vaut plus la peine d’annoncer le Christ. De plus, il semble qu’on perd le
terrain, envahi déjà par la culture agnostique, favorisée par la montée de la
techno-science.
Comme une épée
à double tranchante, la Parole de Jésus est intervenu au milieu de nos
résistances : « avance en eau profonde, et lâchez vos filets pour la
pêche ». Son appel se fait entendre dans notre vie désespérée. Jésus nous invite à avoir foi en Lui et en sa
Parole. Seul dans sa parole que nous avons la vie en abondance. Comment cela
est possible ? Jésus nous demande d’aller « en eau profonde », c'est-à-dire,
tout d’abord en nous attachant davantage à Jésus. Il nous faut entrer dans une
relation plus profonde avec Lui à travers l’écoute et la pratique de sa parole.
Cette écoute va nourrir notre prière et qui se réalise dans l’action. Après intérieurement entrer en nous même
illuminé par la parole, nous sommes ensuite appelés à entrer dans la réalité
des hommes où Dieu n’est pas connu. Cela n’est possible qu’en restant dans la
barque, c'est-à-dire dans l’Eglise où tous les chrétiens s’entraident. En cette
année de foi, l’appel à la foi est un appel à la communion de tous les
chrétiens. Malgré la résistance de l’homme,
l’Eglise aujourd’hui, continue, à travers plusieurs manières, à dialoguer avec
le monde pour pouvoir proposer le Christ. Nous sommes contents de la présence
de l’Eglise dans les médias contemporains
dans le débat public en vue du bien commun ; de ses engagements dans
la justice sociale et le droit de l’homme. Cette fois-ci, l’Eglise se rende
compte que, ce n’est plus le nombre de poissons qui compte -parce qu’elle en
aura toujours-, mais plutôt le poids et
la taille, c'est-à-dire la qualité de la foi des chrétiens.
L’appel est un
mot cher pour nous les chrétiens. On n’a pas que le bonheur. Si on ne cherche que le bonheur, rien ne nous
différentie du reste du monde. Ce bonheur, pourtant, est conditionné par un
appel. Il y a un appel parce qu’il y a quelqu’un qui appelle. Et cet appel est
basé sur la promesse « sois sans crainte… ! » ; la promesse
de celui qui ne nous abandonnera jamais ; la promesse selon laquelle nous
sommes des pécheurs des hommes. Nous sommes destinés à construire l’humanité, à
élever nos frères et sœurs à la dignité
des enfants de Dieu.
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