L’économie est devenue presque une valeur supérieure qui gouverne la
conscience et la vie d’ensemble. Tout simplement parce qu’on n’arrive plus à
payer la dette et qu’on en a de la honteux, on décide de se suicider. Parce que
l’argent et la prestation économique qui détermine la valeur et la dignité de
la personne, l’absence de ceux-là lui arrache l’appui et la raison de vivre. L’idéologie
du marché nous coute la vie en évacuant Dieu de notre quotidien. Libellés : dignité de l'homme
Quand on est petit, son univers d’enfance est quelque part habité aussi par des images fantasmagoriques comme celles de fantômes. Ils sont l’héritage de la croyance traditionnelle aux esprits qui s’exprime d’une manière quasi pédagogique, parfois on en fait composantes des interdits. Mon enfance était marquée aussi par ce genre d’interdit. Les « ineweu », en ma langue (de Flores) sont des fantômes féminins dont les longes seins font peur. Elles sont prêtes à avaler les petits enfants qui osent sortir le soir surtout pour ceux qui sortent lorsqu’il y a le brouillage après la pluie. C’est une manière d’éduquer les enfants que l’espace de jeux s’étend seulement de l’après midi aux couchant du soleil et après cela il leur faut rester à la maison et faire d’autres choses.
Le voici au troisième dimanche de pâque, nous lisons un autre épisode d’apparitions de Jésus aux disciples. Jésus se tient au milieu des disciples qui étaient en train de suivre le témoignage de deux disciples d’Emaus après la rencontre de ces derniers avec Jésus lui-même lors de la fraction du pain précédée d’un parcours inconscient de l’Ecritures. Leur rencontre avec le ressuscité se complètera avec celle de la communauté des disciples.
La reconnaissance de la présence du Ressuscité ne s’arrête pas à une expérience personnelle ou limitée à un petit group sinon dans le partage à l’intérieur de leur communauté. Jésus apparaît de nouveau lorsqu’ils sont en train de raconter leur expérience aux onze apôtres. Le partage de cette rencontre, ainsi que celle de Pierre ou bien celle d’autres disciples devient un nouveau lieu de l’apparition de Jésus.
Apparu de manière surprenante, Jésus leur adresse cette salutation : « Paix à vous ». Ceci leur rappelle la mission de soixante douze (10,45). Encore une fois ils ne reconnaissent pas tout de suite Jésus ressuscité. Pire encore, cette difficulté n’et due qu’à leur doute. Lorsque Jésus leur reproche l’incroyance et leur rappelle les paroles qu’il leur avait dites, ils commencent à saisir sa présence. Ces paroles étaient cachées par leur peur. Elles sont maintenant restituées à la place qu’elles doivent, c’est celle de contenir la présence du Ressuscité. Seul le retour constant aux paroles de Jésus qui rend possible la rencontre avec son corps ressuscité.
« Ils pensaient voir un esprit ». Cette phrase est bien significative. Cela décrit la situation de la première communauté chrétienne qui cherche à actualiser les paroles de l’Evangile dans les différentes situations et des nouveaux défis qu’elle affronte entre outre la résistance de la philosophie grecque contre la foi en la résurrection, des questionnement venant des milieux païens, etc. Ils sont appelés à se référer à Jésus, lorsqu’elle ne voit pas clair sa présence ou qu’elle perd le repère. Cela nous montre aussi son dynamisme. « Ils pensaient voir un esprit » est une symbolique d’un discernement lequel devient le fondement de sa croissance parce que l’Esprit du Ressuscité qui la dispose pour pouvoir être toujours une nouvelle réponse aux questionnements de leurs contemporains.
«Vous en êtes tous témoins ». Comme les disciples, nous sommes tous témoins de la résurrection. Nous sommes témoins de la puissance de la parole du crucifié. « Paix soit avec vous » ; oui…c’est la paix que cette parole nous engendre et que nous devons annoncer. Ce que nous annonçons c’est le fait que nous vivons par la parole. Elle nous devient le critère de lire et d’interpréter notre histoire. C’est Dieu lui-même qui est déjà devenu homme et a pris corps en son fils Jésus et encore ce même Jésus ressuscité qui prend corps en ses paroles. Vivre par la parole c’est devenir le véritable homme. (Tardelly,SX)
Libellés : résurrection
La tuerie de Toulouse nous vraiment préoccupe. On s’imagine si l’assassin nous vise comme ses prochains objets de chasse. Quelle horreur ! La mort est un arrêt, pas seulement dans la mesure où ’elle est une coupure de la vie, mais aussi en tant qu’elle se fonctionne comme un appel d’arrêter toute sorte des préoccupations pour se jeter ou se concentrer sur la réalité de la mort avec toutes ses conséquences dans tous les dimensions. Ainsi que les français mettent en pause unanimement toutes les campagnes électorales pour le respect des victimes de la tuerie et pour mettre en terme la menace qui en est produite.
Devant la mort nous sommes toujours angoissés. Personne ne peut la maîtriser. A la limite, les hommes avec toutes leurs institutions s’organisent pour que la mort ne soit pas un meurtre, ni massacre et non plus violence contagieuse et publique. C’est exactement ce qui arrive aux disciples. Après la mort tragique de Jésus, ils s’enferment dans une maison close dont les portes et les fenêtres tout verrouillées. Eux aussi ils craignent que la même mort ou le même meurtre leur attrape. Se trouvant ensemble encore une fois dans le cénacle là où Jésus avait fait son repas d’adieu, les disciples semblent affronter le moment le plus crucial dans leur vie. Il s’agit de continuer la confrérie ou bien de s’en quitter. Les signes en sont significatifs. Les portes et les fenêtres fermées à clé montrent à la fois échec et déception. On peut en penser à une suicidaire existentielle. En occurrence les disciples ne voient plus la raison de maintenir l’héritage qui semble bannie par la tragédie de la croix. Face au refus ou au fait d’être rejeté et abandonné, on a tendance de s’enfermer en soi-même. Le « moi » est le seul lieu où on se réfugie. Or ce dernier est blessé. En fait il n’en est jamais la solution. La maison fermée nous rappelle le tombeau vide. Quelque part chez les disciples, existe ce sentiment de « non plus vouloir exister » ; l’absence de la raison pour vivre en tant que communauté. Leur présence c’est plutôt en vue de mettre en terme leur vie ensemble, de se dire adieu. Quelle tristesse ! Toutefois, le fait de se réunir encore au cénacle leur permet quand même de faire mémoire de ce que Jésus faisait et vivait avec eux jusqu’à ce dernier lieu du quel la plus part d’entre eux l’avaient abandonné. Le cénacle leur est donc un portrait du testament de Jésus, non moins aussi un portrait de leur « mea culpa » qu’ils se sentent coupables de la mort de Jésus.
C’est sur cette mémoire blessée -quelque part par leur propre faute- que Jésus leur est apparu. Il est apparu là où ses paroles sont devenues chaires. Il apparaît là où existe encore la présence d’une mémoire à la quelle se tisse la rencontre même si cette mémoire est bien fragile. L’évangéliste Jean nous montre cette réalité : « Les disciples se réjouirent en voyant le Seigneur ». Le mot voir signifie contempler. Ils ont reconnu le corps ressuscité du Christ qui « vint et se tint au milieu d’eux » différemment de son corps terrestre grâce à cette mémoire guérie par cette salutation : « la paix soit avec vous ». Cette même paix qu’il a transmise lors de son discours d’adieu au lavement de pieds des disciples. Jésus ressuscité n’apparait pas donc dans l’absence de mémoire de la relation que nous entretenons avec lui. Ses paroles nous sont le véritable accès à la reconnaissance de sa présence, certifiée davantage par l’eucharistie que lui-même offre comme testament. Il appartient donc aux disciples de tracer la logique de foi à partir du tombeau vide dans lequel ils ne trouvent que les bandelettes et le linge jusque la présence surprenante de Jésus dans la maison close avec ses marques de la mort. Tous ces donnés leur donnent à croire qu’il est ressuscité et qu’il les fait ressusciter de la peur et de leur incrédulité. C’est pourquoi ensuite Jésus les envoie proclamer ce qu’ils voient. Il y a donc une grande transformation, de la peur à l’audace ; de la maison close à la maison ouverte au monde.
Pour Thomas, il est impossible de croire sans avoir vu. Sa foi n’est pas du tout une fois charbonnière. Cependant, elle annonce une foi qui cherche à comprendre et qui exprime aussi un désir et un vouloir de rencontrer. Il plaide à une continuité entre d’une part Jésus qui est mort et d’autre part Jésus qui est annoncé vivant par la revendication des touches à son côté et à ses mains. Toutefois, cette continuité est problématique parce qu’elle risque de se limiter à ceux qui l’ont vue. Que dira-t-on pour ceux qui ne la voient pas ? L’accès à Jésus, ne risque-t-il pas à se limiter ses contemporains et donc Jésus n’est ressuscité que une génération dans un moment de l’histoire parce que ceux là qui ont la maîtrise de la démonstration? Il n’en reste moins que la curiosité de Thomas appelle déjà à une réponse, à une intervention de Jésus. Chaque réponse par ailleurs nécessite une capacité de l’écoute. Donc s’inscrit dans l’incrédulité de Thomas un désir de rencontre qui ne sort pas sans doute du registre de croire.
Sur ce désir de rencontre que Jésus est apparu de nouveau. Il ne retient pas le refus de croire avec toutes ses motivations. Il parle et il réponde aux inquiétudes de Thomas. Par là on voit un mouvement du côté de Jésus de rencontrer Thomas. Son désir anticipe déjà sa disponibilité d’entendre. La foi commence donc par l’écoute. C’est la parole même de Jésus qui transforme la situation avant que celui-ci ne joue de la démonstration. Son incrédulité tient plus à son refus d’entendre le témoignage des disciples qu’à son absence. Ici, la primauté de la parole de Jésus et son écoute qui sont bien soulignées. De cette parole est née ensuite sa profession de foi. Thomas proclame : « Mon Seigneur et mon Dieu ». Il attribue à Jésus deux titres, celui de foi et celui de qualité de la relation. Il proclame la seigneurie de Jésus et il affirme la relation qui s’en tisse : c’est la mode de relation je – Tu qui se crée. La rencontre avec le ressuscité n’est possible qu’à partir de la relation avec ses paroles qui nous donnent à voir et à croire parce que ses paroles et son corps ressuscité sont une seule réalité. Nous sommes parlants parce qu’historiques. L’historicité de notre existence humaine tient au fait que nous sommes habités par la parole de l’amour de Dieu de la quelle tout a existé. Croire à la résurrection est en fin de compte de dire oui à la vie. (Tardelly,sx – Yaoundé 15 avril 2012)
Libellés : ressuréction
Habiter Dieu
Pour une star ou une vedette, ou bien un personnage public et politique, la présence des foules et des fans devient presque une nécessité. Leur présence qui définit ce qu’elle est, et parfois ce qu’elle devrait être. Elle a besoin des foules pour pouvoir affirmer le rôle qu’elle joue et les effets qui en découlent. Le cri, les mains tendues avec la demande de signature, et des blitz de cameras de quatre coins la font penser que le monde peut se réduire seule dans son univers. Tout les détails de sa vie sont l’objet de curiosité parce que sur elle sont projettes des rêves, des imaginaires et parfois des intérêts des foules. Chacun construit en elle sa personne idéalisée et se veut lui semblable. Dans notre culture pop, le pouvoir médiatique stimule et renforce davantage le désir d’être étoile, le centre de tout regard. Le studio, le tapis rouge, le podium, les tribunes peuplées par la foule sont son destin. Tout ce qu’y porte la vedette devient objet de désir et de repère. C’est pourquoi pour généralement, les vedettes sont présentes avec des habilles luxueuses. Elles nous sont étoiles parce que en réalité tous ces objet nous restent « étoiles dans nos imaginaires », parce que la plus part d’entre nous n’arrivent pas à atteindre à leur niveau.
Non sur un tapis rouge, ni avec le char de guerre avec le cortège d’autorité et de sécurité, mais plutôt sur les rameaux, les manteaux des pauvres gens et avec le pauvre ânon que Jésus entre à Jérusalem. Cet accueil chaleureux est surprenant. Jésus n’a désigné à ses deux disciples que pour préparer un ânon, pas pour ressembler la foule, même s’il est conscient du désir de cette dernière de le voir. Mais il ne peut pas empêcher ceux qui ont vu ses disciples détacher l’ânon d’organiser l’accueil.
La foule est un rassemblement sans identité. Il est très difficile de reconnaitre qui est ami et qui est ennemie. Seul l’évangéliste St. Jean qui nous informe l’identité de cette foule. Parmi elle se trouvent ceux qui étaient avec Jésus lorsque celui-ci ressuscitait Lazare à Béthanie (cf. Jn 12, 17). On peut dire que Jésus décide à la fois à se montrer et se cacher. L’ânon lui sert justement à identifier ceux qui vraiment le cherchent et l’aiment de manière sérieuse et sans intérêt. C’est ceux-là qui peuvent identifier et reconnaître l’identité cachée de celui qui monte sur l’ânon. Cependant ceux qui veulent l’arrêter, se privent de cette connaissance. Jésus veut combler ce désir d’une manière extrêmement inattendue tout en sachant l’enjeu de la mission qu’il faut bien accomplir.
En montant sur un anon, Jésus fait rapprocher dans l’imaginaire de cette foule, leur espérance et celle de Jésus. Il fait allusion en même temps dans leur mémoire la fameuse conquête de Jéricho faite par Josué. Son entrée, pour ceux qui comprennent la mission de Jésus, inaugure une nouvelle ère. Si par violence et avec le cortège de guerrière que Josué et les israélites ont réussi à occuper la terre promise, maintenant par la non-violence, la simplicité, l’humilité et par le nom même de Dieu que Jésus amène un nouveau peuple d’alliance à la terre promise, à la nouvelle cité de David. La terre promise reste un don. Elle n’est pas le fruit d’une conquête humaine, ni un terrain à occuper. Elle est le fruit d’un don de soi de Dieu qui nous sera bientôt manifesté sur la croix. Par sa souffrance et sa mort sur la croix, Jésus nous amène tous à une véritable qui sera désormais ni un lieu ni une place paradisiaque, mais plutôt le cœur même de Dieu. Il nous fait habiter la vie de Dieu, dans la communion de son amour souffrant et libérant. La croix est la porte d’entrée à la nouvelle cité de David qui est l’amour sans condition de Dieu. Descendant aux enfers, cet amour nous libère du péché, et nous vide du mal. Habiter Dieu c’est habiter le désir même de Jésus, pas le nôtre, de faire un monde une seule famille où tous deviennent frères et sœurs. (Tardelly, SX – Cameroun 01/04/2012)
Libellés : désir

Personne ne conteste que notre vie contemporaine soit marquée par la culture d’image. Les images peuplent notre univers, envahissent aussi notre milieu le plus intime, forment notre conscience et renforce davantage le besoin inouï d’être vu. Ce dernier est quelque chose d’humaine. Tout le monde veut être vu ou reconnue en vue d’affirmer son existence. En ce sens qu’il existe et qu’il se dote aussi de sa vocation d’être gardian du monde ; disons qu’il en est centre.
Les grecs cherchent à voir Jésus à l’entremise de Philipe et André (Jean 12, 20-33). « Voir » signifier souhaiter que l’objet de ce « voir » se montre et garantisse que ce qu’il est correspond à ce dont on entend parler. Les grecs voulaient voir Jésus dont ils entendaient parler. Pour Jésus, ce souhait lui est bien angoissant : leur doit-il se montrer ? De quelle façon ? Et quand ? « Maintenant mon âme es trouble..» dit-il. Il sait bien la tension entre le désir de se faire voir, se laisser séduire par ce qu’on attend de lui, c'est-à-dire de réaliser ses propres volontés plutôt que celles de son Père. « Et que dirai-je ? », se demande-t-il. Nous sentons qu’il est à l’extrême de sa vie, au presque sommet de son angoisse fatigante. Toutefois, il choisit autrement : « l’heure est venue que soit glorifié le Fils de l’homme ». Il réponde à la question du temps (quand). De quelle façon ? « En vérité, en vérité, je vous le dis : si le grand de blé, tombé en terre, ne meurt pas, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit ». Ici Jésus renouvelle ses vœux. La manière dont il va se montrer est rien d’autre que la croix. C’est sur la croix qu’il se montrera en tant que Fils bien aimé du Père. C’est sur la même croix qui nous révélera le vrai visage de Dieu. C’est à la croix que nous devons fixer notre regard de curiosité.
La réponse de Jésus à la curiosité des grecs, en effet, se trouve dans son choix de se cacher loin d’eux. On le trouve dans le dernier parti de la séquence. Pourquoi ? Parce qu’il ne veut pas être objet de l’idole, ni l’idole lui-même, et surtout parce qu’il ne veut pas qu’ils ne se soient pas trompés ou bien le comprennent autrement que de la manière dont il se montre sur la croix. En se cachant, il neutralise le voir ; il guérit notre désir de le voir. Par la croix, il nous offre le véritable Dieu à connaitre et à contempler, c’est Dieu d’amour. Elle certifie à la fois un double mouvement de donation divine : d’un côte Dieu qui est devenu véritablement homme en donnant sa vie pour l’homme (mort sur la croix), et de l’autre côte en se cachant derrière ce « homme rejeté », il nous invite toujours à ne pas nous piéger à notre regard et intérêt et à fixer le regard sur le crucifié. C’est sur cette vue que l’idole se transforme à l’icône. La croix est l’icône par excellence de la vérité de la révélation divine, parce qu’elle dévoile qui est Dieu accessible à nous, et elle voile Dieu qui ne peut pas être manipulé, ni dominé par notre besoin et intérêt.(Tardelly, SX - Yaoundé, 26/03/2012)
Libellés : de l'idole à l'icon
Personne ne doute que le serpent est un des animaux plus mortels. Il occupe la place assez remarquable dans nos peurs. Sa présence inattendue, cachée et quasi mystérieuse, ainsi que son instinct prédateur prêt à nous surprendre comme un coup de foudre, font de lui un adversaire pour lequel nous sommes obligés à nous équiper. Quelque soit l’espèce, l’angoisse qui s’en produit, actualise la nécessité de la survie. L’évolution nous apprend que la survie ne se fonde pas seulement sur les besoins, mais aussi sur la peur et l’angoisse de ne pas mourir en vain. Enfin, la peur et l’angoisse se situent dans les besoins de vivre une vie plus significative. Chaque homme, dans chaque génération est en quête du sens. La survie s’étale entre l’improviste de la mort et le provisoire de la vie. Le serpent, à mon sens, est révélateur d’un fait selon lequel nous les hommes, nous ne pouvons pas toujours maitriser la vie, même si nous sommes dotés de l’intelligence et de la liberté. Les auteurs bibliques se servent donc du serpent pour nous décrire le drame de notre liberté face à la tension entre le danger de la mort et sa vie éphémère.
Jésus, dans son entretien avec Nicodème, rappelle à ce dernier l’expérience des Israelites au désert lorsqu’ils étaient mordues par les serpents juste après la fameuse scène de Meriba. On raconte qu’ils perdent leur patience face à l’incertitude de leur itinéraire. Ils ont accusé Dieu responsable de cette souffrance. Dieu leur envoie les serpents brûlants qui les font périr. Ayant conscient de leur crime, ils demandent à Moise pour qu’il intercède auprès de Dieu afin qu’il les relève de leurs souffrance. Dieu répond et demande à Moise de façonner un serpent d’airain et qu’il place sur l’étendard, et si un homme mordu regarde le serpent d’airain il reste en vie. (cf. les Nombres 21, 4-9). A partir de ce récit la notion du péché se développe. Il consiste d’abord à refuser la tension entre le danger de la mort et l’éphémère de la vie. La refuser, signifie ignorer le mystère qui enveloppe cette tension, qui y est toujours présent et auquel nous devons croire et succomber. Et puis, il termine par accuser Dieu comme responsable de notre souffrance. L’athéisme en effet n’est pas un refus de l’existence de Dieu, mais plutôt de l’accuser comme auteur de notre souffrance, de notre angoisse et de nos limites desquelles notre liberté veut se libérer. Cette accusation qui les amène à gommer l’existence de Dieu qui est pourtant sans aucun succès. Supprimer Dieu ne nous garantit jamais l’absence de la tension, ni non plus la souffrance.
En racontant l’histoire du serpent d’airain, Jésus prédit et annonce son destin. De même que le serpent d’airain devient la source du soulagement, de même Jésus sera la source de la nouvelle espérance, et de la vie éternelle lorsqu’il sera élevé. Dans le terme johannique, le mot élever signifie l’investiture royale. Pour Jean, le fils de l’homme doit être « élevé » sur la croix. Ici Jésus nous révèle un sens très profond de la souffrance. La gloire et la croix vont de pair. C’est sur la croix que Jésus manifeste le dépassement de la tension, la victoire sur la mort. Pourquoi et comment ? Parce que sur la croix il nous montre une vraie attitude face à la souffrance, c’est celle de s’abandonner à Dieu. C'est-à-dire, puisque nous ne sommes pas le maître de la vie, donc il faut savoir laisser Dieu agir et intervenir dans notre vie. Dieu ne gomme pas notre liberté et autonomie, mais il nous invite à les rendre ouvertes au mystère de son amour. Il a tant aimé le monde qu’il nous a donné son Fils. Sur la croix Jésus éprouve la vérité combien Dieu nous tant aime. Il ne nous abandonne pas dans notre souffrance, sinon il souffre avec nous. La croix est donc salutaire, qui croit en Jésus, contemple sur sa croix la présence continue de Dieu.
La croix est porteuse d’une nouvelle lumière pour nous. Elle nous aide à vivre notre vie et toutes ses vicissitudes dans la constante espérance en Dieu. La croix est lumière nouvelle parce que nous y trouvons que dans l’extrémité de notre souffrance et dans la gravité de notre angoisse face à la souffrance et à la non sens de la vie (lire : la mort), l’homme est glorifié, élevé comme digne d’amour parce qu’il est capable malgré tout de s’abandonner à Dieu. Jésus sur la croix, se sent abandonné : « Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Il ne s’agit pas de refuser Dieu, mais plutôt de mettre ce dernier en question. C’est très humain, cela exprime même la réalité de notre foi. Dieu est un problème de l’homme parce que lui seul la réponse de tous les problèmes. Alors la mise en question de Jésus à l’égard de Dieu exprime son acte de foi très profonde qui finit par attitude par s’abandonner à Dieu. Il laisse Dieu réaliser sa volonté, et voila donc sa mission. Il dit à la fin : «en tes mains je remets mon esprit » et il ajoute à la fin : « c’est achevé ». Plus on se sent abandonné par Dieu, plus on s’abandonne à Dieu comme Jésus qui s’abandonne à croire à son père, le seul qui maitrise la vie. Jésus est ressuscité parce qu’il croit d’abord en cela. C’est ici se trouve la gloire de la croix. Jésus est glorifié sur la croix parce qu’il y réalise la volonté de son père.
La gloire de la croix est aussi la gloire de l’homme. On ne réduit jamais la dignité de l’homme dans ses manques, ni dans ses souffrances. Jésus crucifié que nous contemplons révèle la dignité de toutes personnes humaines. Elles, surtout dans la faiblesse et la souffrance, doivent rester le centre de notre attention. Pourquoi ? Parce que leur souffrance nous fait proche du cœur de Dieu miséricordieux et le sentir ; nous fait proche de la primauté de la vie garantie par la résurrection du Christ. (Yaoundé, 18/03/2012-Tardelly,SX)
Libellés : la gloire et la croix
Ce cœur toujours amoureux de toi
Presque partout dans les villes modernes, l’existence de la communauté urbaine se fonde sur le souci de mettre en garde le bon fonctionnement de la ville et sans oublier. On cependant se sent gêné lorsqu’elle entreprend l’opération de casse sans pitié au marché, à la gare et dans bien d’autres lieux publics. Des marchandises renversées par terre, des boutiques sauvages détruites et la fuite des marchands ambulantes sont des spectacles quotidiens des nouvelles villes qui se trouvent ici par exemple en Afrique, et très particulièrement au Cameroun. Parfois je me trouve fondé de dire que, quand-même, ces petites gens qui contribuent à l’économie des pays. Ce fait m’aide à comprendre l’histoire de Jésus qui, arrivant à Jérusalem, chassa les vendeurs de bœufs, de brebis, et de colombes, ainsi que les changeurs après avoir renversé tous leurs marchandises et monnaies. Quel scandale ! Oublie-t-il que des marchandises sont des valeurs sacrificielles dont tout le monde se sert pour rendre culte à Dieu. Lui-même quand il était petit, n’a-t-il pas été amené pour être présenté avec deux pigeons de sacrifices ?
Si nous lisons mieux ce passage, nous jugerons juste ce que fit Jésus. La chose était vraiment grave. Jésus trouva « dans » le Temple les vendeurs et les changeurs assis. Ils franchirent les limites, pénétrèrent et occupèrent les places qui ne sont pas les leurs. Je dirais, qu’ils voulaient avoir pris sur Dieu qui est le propriétaire de la maison. Ils voulaient fonder les valeurs du sacrifice selon la logique du marché : qui paie beaucoup, gagne aussi beaucoup ; donc l’argent et sa quantité qui déterminent la qualité et l’efficacité du sacrifice. Les animaux d’un prix plus cher auraient plus d’efficacité sacrificielle par rapport à ceux d’un prix moins cher. La parole de Jésus tombe comme un coup de tonnerre : « Ne faites pas de la maison de mon père, une maison de commerce !». Ça c’est très fort ! Disant ainsi, finalement il fixait l’objectif de son acte. Il voulait en réalité viser notre cœur et notre mentalité vis-à-vis Dieu. Quelque part notre cœur est habité par la logique pareille, celle du marché. Nous pensons que nous pouvons « acheter » la bienveillance, la bonté et la grâce de Dieu par nos offrandes, et pire encore par nos actes et nos bonnes attitudes religieuses et morales. C’est en effet de la magie, de la sorcellerie. Pourquoi ? Nous croyons que nous pouvons séduire et apprivoiser Dieu avec tout cela tel que jadis on traites des dieux dans les grottes et les arbres sacrées.
L’acte de Jésus donc est bien significatif, c’est de vouloir purifier le Temple qui est d’abord notre cœur comme lieu primordial de la rencontre avec Dieu. Il nous invite à nous libérer de la mentale magique du commerce religieux tel que à nos jours abondement représenté par plusieurs nouveaux mouvement religieux et les sectes. Puisque l’économie se joue sur les zones de nos émotions et sensations, ces mouvements se contentent d’une quête spirituelle qui peut rassasier et combler leur soif spirituelle. Dieu donc est traité comme drogue. On se drogue quoi !
La première demande dans la prière notre père nous met en la même ligne avec l’acte de Jésus qui purifier le Temple. « Que ton nom soit sanctifié », ainsi demandons nous dans cette prière. De même que la véritable relation ne commence qu’à partir du moment où je reconnais la différence de l’autre, de même notre relation avec Dieu n’est que vrai dans la reconnaissance qu’Il est Dieu, qu’Il n’est pas comme nous. Nous demandons qu’il se fasse connaitre à tous qu’Il est. Donc on laisse Dieu agir librement. D’ailleurs nous l’appelons Père, et cela veut dire que nous sommes devant l’absence de conditionnements, nous sommes dans l’ordre de la gratuité. Nos offrandes et nos attitudes religieuses finalement ne sont que des expressions de nos gratitudes et nos remerciements à l’égard de son amour sans condition.
Contre la logique du commerce, Jésus nous révèle cette belle parole du psaume : « L’amour de ta maison me dévorera, me consommera ». C’est nous en réalité qui devons nous laisser consommer par l’amour. Nous ne sommes pas de consommateurs de grâce qu’on pense pouvoir acheter par nos attitudes pharisaïques. Jésus inaugura son arrivée à Jérusalem différemment avec d’autres pèlerins, avec son option et décision finale d’aimer Dieu jusqu’au bout. Il consiste à réaliser la volonté de son Père, à lui obéir. Sur cet amour que se construira le véritable Temple dans lequel nous rencontrons Dieu face à face ; c’est dans notre cœur toujours amoureux de Dieu. Le corps de Jésus, crucifié le vendredi Saint est la matérialisation de la vie qui s’abandonne par amour pour Dieu et pour l’humanité ; il est détruit par sa mort, mais reconstruit par sa victorieuse résurrection. C’est ici se dévoile l’espérance Chrétienne ; mise en épreuve par l’angoisse et la souffrance de la vie quotidienne, elle devient le signe du nouveau culte rendu à Dieu et du nouveau Temple. (Tardelly, Yaoundé, 11/03/012)
Libellés : libération




